S’il y a un truc qui est
vraiment efficace, c’est la Ligne éditoriale.
La Ligne Maginot, ça faisait bien
rigoler la Wehrmacht parce qu’il suffisait de la contourner, mais si on avait
eu une Ligne éditoriale en 40, jamais les Allemands ne seraient entrés.
C’est
pour ça que dans le monde de l’édition, on a pas de Ligne Maginot.
Par contre,
on ne peut pas étendre son linge sur la Ligne éditoriale, comme une chanson
d’avant-guerre suggérait de le faire sur la Ligne Siegfried, qui était la Ligne
Maginot des Allemands.
Un bon éditeur se doit de garder la Ligne, c’est
pourquoi il a un régime spécialement étudié par Kellogg’s pour avoir la main
ferme, l’œil vif et le poil luisant.
Le bon éditeur est un dictateur qui sait
ce qui est bon pour le peuple. « Ce qui est bon pour le peuple, c’est ce
qui me rapporte des sous », grosso modo voilà résumé bon nombre de Lignes
éditoriales.
Depuis quelque temps (de crise), un argument est venu spontanément
remplacer le fameux :
« votre projet est très intéressant, il ne
manque pas d’originalité, mais malheureusement, il ne correspond pas à notre
Ligne Maginot ».
Jeunes auteurs, mes camarades, cette lettre-type existe
encore, rassurez-vous, bien que la coutume qui consiste à envoyer une réponse après avoir reçu un
courrier sera sous peu complètement oubliée, (on a pas que ça à foutre, sans
blague !)
Oui, parce que les éditeurs sont envahis par les
zalmands ! Heu…je veux dire
par les zauteurs qui voudraient faire des livres avec leurs sous.
Il y en aura
bientôt plus que des lecteurs de ces hurluberlus et les zéditeurs n’ont donc
pas le temps de regarder tous les
projets et d’y répondre. Ils ont des repas à manger avec les auteurs qui
vendent beaucoup, et ça prend vachement de temps, parce que qu’est-ce qu’on
attend entre les plats !
Donc, un autre argument, destiné aux auteurs « confirmés », (
ceux qui ont reçu leur confirmation par le Pape ), et à qui on ne peut pas dire
qu’on s’en fout de leur travail, a fait son apparition c’est le :
« C’est un excellent projet et patati et patata, mais tu comprends, on en
vendra pas assez. »
Ça, c’est imparable, c’est l’arme fatale ! Moi,
vous me connaissez, je suis toujours plein de compassion et d’empathie, je suis
prêt à me mettre à la place du bon éditeur qui a sa Ligne Maginot à défendre,
mais quand même, cet argument ne tient pas la route.
Ces mecs passent leur
temps à éditer des trucs qui ne se vendent pas, c’est 80 % de leur catalogue
qui n’a pas assez de lecteurs. Qu’ils disent : “je trouve que ce n’est pas à la
mode, ça ne fera pas frétiller Téléramalibérationlesinrocks” ou “ ça ne me
plaît pas”, ou « tu me fais chier avec tes petits Mickey, j’ai des trucs
plus urgents à manger avec Enki, qui
maintenant qu’il est un peintre contemporain a un gros appétit», mais
pas que la raison c’est qu’ils n’en vendront pas assez !
Cette réflexion, dont
la pertinence et le sens de la nuance ne vous auront pas échappé, m’est venu
après avoir lu l’album de mon ami Philippe Caza, « Le jardin
délicieux » et entendu les raisons qu’il donne sur son site, qui l'ont conduit à finalement décider d’éditer lui-même son livre.
Je trouve anormal
qu’un Delcourt, ou un autre, ne publie pas “Le jardin délicieux” de Caza. Même
si ça ne se vend pas comme du Sfar, tu peux quand même mettre un peu d’argent
sur un album d’un auteur qui a une belle carrière et que tu as édité par
ailleurs. C’est une question de savoir vivre pour ne pas dire de respect.
Enfin, il me semble.
Bien sûr, à force de publier des livres que personne
n’achète, ( ce qui en soit, constitue une sorte de ligne éditoriale ), on peut
avoir des problèmes de trésorerie et il faut faire des choix et ceci cela… Je
ne remets pas en cause tous ces paramètres qui justifient parfaitement de dire
NON à un auteur. Mais ce n’est peut-être pas la peine de le prendre pour un
imbécile.
Et puis, en y regardant de
plus près, quitte à produire un livre qui « ne se vendra pas assez »,
( c’est-à-dire plus ou moins un livre « normal » dans le contexte
actuel ), on pourrait privilégier
ceux qui sont fait par des auteurs qui mangent bio !
( Comment ça, je
prêche pour ma paroisse ?! )












