jeudi 28 janvier 2010

Parlez moi d'amour, (ou à la rigueur, de bande dessinée)...

Le gars qui adore les choux à la crème, si tu lui en fais manger 10 000, il finit par ne plus trop aimer ça.
Quand j'étais un jeune homme poli, pas cette boule de haine aveugle que je suis devenu, il m'est arrivé d'aller au festival international de la bande dessinée d'Angoulême, où l'on trouve le plus de choux à la crème au mètre carré.
Bien entendu, j'ai cherché sur une carte d'état major pour voir où ça se trouvait, ce festival international de la bande dessinée d'Angoulême, ( à l'époque, Internet n'existait pas et de toute façon je n'avais pas encore l'électricité ).
Et bien, à vrai dire, c'est carrément au fond à gauche,en plein dans la France profonde !
Déjà, ça ne m'arrangeait pas, parce que c'est pas trop direct, et puis, fin janvier, je me suis dit qu'il n'y aurait personne.
Vous m'croirez si vous voulez, mais impossible de trouver une place pour se garer !
Après avoir abandonné les clés de ma limousine, ( une Renault Express achetée à Limoges ), au groom de l'hôtel Formule 1, me voilà donc devant le palais du festival, un chapiteau genre foire à l'andouillette, dont les flancs secoués par les bourrasques d'un vent glacial, claquaient sinistrement comme la respiration chancelante d'un monstre à l'agonie, ( c'est beau comme du Bernard-Henri Lévy, non ? ).
Je n'aurais pour rien au monde mis les pieds là-dedans si j'avais dû attendre dans le froid pour payer le droit d'entrer au supermarché afin d'acheter des livres directement aux producteurs, car n'étant ni fétichiste ni idôlatre, je me contrefous de savoir à quoi ressemblent ces types plus ou moins louches qui vendent des andouillettes et je n'ai pas besoin non plus qu'ils me fassent un dessin original sur le papier d'emballage.
Il se trouve que par un curieux concours de circonstances, j'avais un badge et une place de parking pour moi et ma voiture.
À partir de là, je n'allais pas cracher sur l'opportunité de passer devant la file des binoclards à cheveux gras et autres barbus à calvities qui se gelaient les miches une heure avant l'ouverture, alors que moi qui n'en avait rien foutre, je pouvais entrer gratos par la porte V.I.P.
Il y en a qui, juste avant de pénétrer dans ce sanctuaire, se seraient retournés vers le peuple frigorifié pour lui faire un bras d'honneur, mais avec l'élégance d'un hobereau charentais, j'affichais seulement un sourire narquois et me contentais de quelques gestes à la Bill Clinton quand il essaie de faire croire qu'il connaît du monde dans la salle.
Si encore tous ces types avec leurs sacs à roulettes étaient venus pour acheter mes livres, j'imagine que ça aurait un tant soit peu justifié à mes yeux leur présence dans mes pattes à chaque fois que j'ai essayé de me déplacer pour aller pisser.Bien évidemment, la plupart des lecteurs de BD ayant des goûts affligeants en matière artistique, ( sans parler de la façon dont ils s'habillent ), ils étaient là pour prendre leurs doses de gnomes, de grands guerriers musclés et d'héroïnes à gros nichons, ( toutes choses très en vogue à l'époque et disparues aujourd'hui au profit de la clique de dessinateurs clones de Joann Sfar, ce qui, il faut bien l'admettre, est un moindre mal ).
J'étais à Angoulême avec mon bel album broché noir et blanc, petit format, qui raconte l'histoire d'un zouave et d'une tortue, avec aussi, des Zorro sur des chevaux à bascule et un teckel qui est le fils de Dieu. Cette ¦uvre novatrice, un des phares de la contre-culture souterraine, boudée à l'époque par la critique, est depuis devenu un album culte que les collectionneurs s'arrachent à prix d'or.
Ma carrière était donc lancée par cette consécration, ( je veux parler du badge et de la place de parking ), quand tout à coup, en sortant dans la rue, j'ai attrappé un rhume et c'est à ce moment là que j'ai décidé de mettre un terme à mon activité d'auteur de bandes dessinées à succés, pour me consacrer à ma vraie passion: le football.
Ce qui nous amène tout naturellement à parler de Raymond Domenech, parce qu'un "spécial Angoulême" à la noix, ne doit pas nous faire oublier l'essentiel et l'essentiel, c'est qu'on est à la coupe du monde en Afrique du Sud, au mois de juin, nom d'une pipe !
Là, on voit clairement la supériorité du football sur la bande dessinée. C'est pas la FIFA qui organiserait une compétition internationale en janvier dans un bled perdu des Charentes.
Si Raymond Domenech faisait aussi la sélection des albums à récompenser pour leurs performances sur le terrain des ventes, croyez moi, on parlerait un peu plus de bande dessinée dans l'Équipe !
Depuis plusieurs années, je milite pour que les cendres de Raymond Barre, Raymond Kopa et Raymond Domenech soient transférées au Panthéon.Le fait que les deux derniers soient toujours vivants ne doit en aucun cas les priver des honneurs de la République et pour Raymond Domenech, le plus tôt sera le mieux.
Je vois bien Frédéric Mitterrand lire le discours, des trémollos dans la voix, sous un grand parapluie à fleurs:"Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique et les combats d'Alsace, entre ici, Raymond Domenech, avec ton terrible cortège de matchs nuls..."
La bande dessinée, c'est un peu comme le foot, il y a des gens qui adorent ça et d'autres qui détestent. C'est la raison pour laquelle les membres de ces sectes se réunissent dans des endroits discrets pour communier et organiser des concours pour savoir qui sera champion du monde ou grand schtroumpf d'Angoulême.
Tant que l'être humain sera obsédé par le culte de la performance, on fera des foires à l'andouillette un peu partout et il y aura toujours une foire à l'andouillette qui sera la plus grande foire internationale de l'andouillette de toutes les foires à l'andouillette, avec son président, son jury, ses récompenses et son grand prix.
Personnellement, je mets un point d'honneur à concevoir mes albums de telle sorte qu'ils ne puissent en aucun cas être susceptibles de recevoir une récompense. C'est plus prudent, je ne suis pas certain d'être assez fort moralement pour refuser qu'on tranfère un jour mes cendres au CNBDI.

"On dira ce qu'on voudra, mais s'il y a quelque chose de vraiment chouette dans l'organisation de la coupe du monde de la bande dessinée à Angoulême, c'est que jamais personne n'y a encore sifflé Raymond Domenech."

Vikash Dhorasoo

(ce texte et les Mr POPO qui vont avec sont publiés sur 5 pages dans la "revue de la bande dessinée moderne JADE" underground et chic, vous la trouverez facilement à Angoulême et en faisant chier votre libraire spécialisé dans la BD et les produits dérivés, (chaussettes, mugs, figurines...et parfois aussi des albums )

1 commentaire:

laurentg a dit…

Ah ! Me voilà rassuré ! J'attendais impatient un retour de Mr Popo... Et ne le voyant point venir, j'ai instant cru qu'il s'en était allé en Angoulême... :o)
Mais non, voilà un retour en fanfare, égal à lui-même.
L.